Deutz-Fahr a présenté en 2016 les Série 6 dotés de moteurs 6 cylindres et 6,1 litres de cylindrée. Le constructeur ouvre désormais cette gamme avec un 4 cylindres de seulement 3,6 litres. Si vous contiez résister avec des gros moteurs sous le capot, le 6120 TTV pourrait mettre à mal vos apriori. Installé avec des tracteurs gloutons et brutaux, construits il y a plus de 25 ans, un jeune céréalier de l’Allier a testé ce Série 6. Il a passé au crible le petit dernier venu d’Allemagne !

Posé dans la cour, le Deutz détonne franchement des autres tracteurs aux grands capots lisses et carrés. Son capot, ciselé par le cabinet Giugiaro Design, y est pour beaucoup. Tout n’est pas une question de taille, mais avec un empattement de 2,54 mètres, il est 13 centimètres plus court que le tracteur de 145 chevaux de la ferme. Habitué aux argiles du Forterre, situés à 30 km au nord de Vichy, l’ancien surclasse le nouveau avec 4 litres de cylindrée supplémentaire ! De fait, inutile de faire un match sur la consommation de carburant entre le compact 6120 et son prédécesseur du siècle dernier. Les vraies questions gravitent autour du confort et de la facilité de prise en main. La présence d’un chargeur sur le tracteur d’essai a donné une idée de chantier à Richard Ressot : curer la stabulation de son père, jeune retraité agricole. Hors de question de confronter le nouveau au tracteur de tête de 230 chevaux sur des travaux lourds mais les aptitudes au transport et la gestion de la transmission sont des points où le Deutz-Fahr 6120 TTV peut combattre.

Modernité, sécurité, il frise la perfection au transport

La nouvelle règlementation européenne (Mother Regulation) a encore élevé d’un cran les exigences techniques sur les nouveaux tracteurs. Les remorques à freinage pneumatique sont encore rares dans les campagnes. C’est donc avec un benne Maître 16 tonnes que Richard Ressot a lancé le petit vert en expédition pour récupérer 14,8 tonnes d’engrais destinées aux maïs. Habitué à travailler sur le frein moteur de ses tracteurs Powershift, l’essayeur a été étonné par le comportement routier : « L’ensemble benne-tracteur a été très confortable durant mon trajet sur route. Pour un tracteur de ce gabarit, c’est remarquable. La stabilité au freinage est une très bonne surprise. Les accélérations sont franches et la transmission TTV fonctionne bien. Sans surprise, il a accusé le coup dans les côtes mais reprend rapidement de la vitesse sur le plat. Malgré son petit moteur, avec une benne homologuée à 50 km/h, le gain de temps serait net comparé à mes tracteurs. » Rassuré par la machine, Richart Ressot n’a pas hésité à demander la vitesse maximum au tracteur pour rejoindre le chantier de curage de fumier. « Les pneus ne sont pas bruyants, la cabine est très confortable et je trouve le travail du pont avant suspendu irréprochable sur route, comme sur terre. » s’enthousiasme, notre essayeur.

Le Deutz-Fahr 6120 TTV a transporté près de 15 tonnes d’engrais en sécurité. La qualité du freinage et le confort au volant ont étonné l’essayeur.

L’exploitation en bref : La ferme, située à Boucé (03), est en semis direct depuis l’an 2000. La mécanisation de l’exploitation a été raisonnée pour qu’une seule personne puisse réaliser tous les travaux en temps voulu. Chaque tracteur fait 300 à 500 heures par an. Les sols sont majoritairement argileux (près de 80%). La SAU est de 195 ha avec une rotation colza-blé-maïs-maïs. L’assolement se divise entre 100 ha de maïs, 15 en colza et 80 ha de blé.

Le joystick PowerCom S est disponible sur les modèles TTV. Les commandes hydrauliques sont mécaniques ou électroniques avec 22 configurations possibles et un débit de 90 l/min en centre ouvert ou 120 l/min Load Sensing. 

L’électronique au service des chauffeurs de toutes générations

La transmission TTV et l’ergonomie du Deutz-Fahr ont brillé lors du curage de la stabulation comme l’explique l’essayeur : « La boîte est vraiment agréable ! Pour ce travail, elle était réglée en mode PTO afin d’avoir un avancement indépendant du régime moteur. J’ai mémorisé un réglage à 1 100 tours/minute et n’en ai jamais changé. La réactivité du chargeur et son réglage n’ont pas posé de problème. » Ce chantier met en lumière certains points hérités des grands frères 6 cylindres. La cabine est jugée haute ce qui lui confère une accessibilité moins bonne qu’attendue par l’essayeur. Elle n’en reste pas moins lumineuse et affiche des points forts ! Par exemple, la présence de rétroviseurs grand angle et de bons rétroviseurs intérieurs, appréciés par Richard Ressot. Son père, Jean, a regretté un capot qui limite la vision sur l’avant quand le chargeur est en position basse. Même constat pour l’essayeur qui conseille le choix d’une benne multiservice plus grande pour se rassurer sur la position du godet. La stabulation, nettoyée en souplesse et sans à-coups, a été le théâtre d’une performance remarquée : la consommation de carburant est très faible. L’efficacité de la transmission TTV et le 4 cylindres de 3,6 litres font des merveilles tout comme la démultiplication de la direction. Un bouton suffit à braquer de butée à butée avec deux fois moins de tours de volants.

Jean et Richard Ressot ont apprécié la souplesse de la transmission TTV lors du curage de la stabulation. 

Situés sous le grand rétroviseur, les rétroviseurs grand angle apportent au chauffeur un gain de sécurité et de visibilité. 

Grâce à l’enregistrement d’une courte séquence, affectée à un bouton du pommeau de commande du chargeur, j’ai travaillé sans toucher l’inverseur. - Richard Ressot

En cabine, les informations sont jugées nombreuses et changent des tracteurs du siècle passé. Aussi, l’écran iMonitor (absent sur le modèle d’essai) aère l’écran du tableau de bord. Les séquences ConfortTip ont été valorisés au chargeur. Richard Ressot explique : « Grâce à l’enregistrement d’une courte séquence, affectée à un bouton du pommeau de commande du chargeur, j’ai travaillé sans toucher l’inverseur. Une main, en permanence sur le volant, l’autre pour le chargeur. Une fois expliquée à mon père, la manipulation lui a semblé intuitive. » La force de ces nouveaux tracteurs est sans nul doute l’électronique. L’essayeur a apprécié le système ASM qui gère le mode 4 roues motrices ainsi que le différentiel. La fonction évite aussi les dangers de certaines transmissions à variation continue qui réagissent mal quand le chauffeur touche la pédale de frein. Elle participe à la sécurité lors de travaux sur terrains glissants et pentus avec une benne.

Lors du curage de la stabulation, l’essayeur n’a pas eu recours à l’inverseur. Le haut de la commande du chargeur contient un bouton qui déclenchait l’inversion du sens de marche. 

 

Un tracteur polyvalent et volontaire

Comparé à ses tracteurs habituels, les différentes sécurités (hydraulique et prise de force) ont un peu dérouté l’agriculteur. Il ne faut pas oublier de déverrouiller les distributeurs. Cet aspect n’est cependant pas vu d’un mauvais œil. La conduite au mono-levier PowerCom S n’a pas perturbé l’agriculteur. La réaction du tracteur à la façon de pousser et de tirer sur le manche rend sa conduite agréable. La facilité d’utilisation et la technologie embarquée peuvent faire de ce tracteur un choix pertinent dans tous les types d’exploitation.

Au moment de rendre les clés, l’essayeur souligne sa polyvalence : « En tracteur de cour, pour du transport occasionnel ou pour des travaux avec des outils portés, ce Deutz-Fahr 6120 peut faire du bon travail avec un niveau de confort remarquable. L’entretien semble facile et rapide. » Chaque coin de France, chaque terroir a ses particularités. S’il fallait changer un de ses tracteurs par un Deutz de cette catégorie, Richard Ressot choisirait le plus gros modèle : « J’ai gardé les tracteurs de mon ancien patron. Ils sont puissants car mes sols argileux le demandent. Si je devais choisir ce Série 6, j’opterais pour la version 140 chevaux. Il conviendrait dans les conditions d’adhérence limite afin d’assurer le travail au champ sans trop marquer le sol. »

Le verdict de l’essayeur, placé dans le contexte actuel de réduction des tailles des moteurs (downsizing), ouvre des perspectives sur les choix de mécanisation. La quête de la sobriété énergétique dans les transports, les travaux publics et l’agricole ne semble pas entamer l’efficacité des machines. Pour le tracteur, à l’heure où la rationalisation des coûts est le véritable nerf de la guerre, seuls les chiffres des ventes nous diront si ces gabarits compacts arrivent à en faire plus, moins cher et plus vite sur les fermes d’Europe.

La fiche technique du modèle 6140 

 

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