Mi-juin, dans le Cantal, une petite accalmie de la météo permet à nos essayeurs de faire enfin les premières coupes d’enrubannage. Et cela tombe bien, car Jean-Marie et Kevin Imbert vont pouvoir tester en conditions idéales les deux tracteurs Lindner à l’essai  : le Lintrac 130 à variation continue, et le Lintrac 115 LS, qui reçoit une variation semi-powershift.

Dès la descente du camion, les deux exploitants sont agréablement surpris par les tracteurs, d’une marque qu’ils connaissent peu, finalement. 

J’ai déjà eu l’occasion de travailler sur un Lindner il y a une dizaine d’années, en stage, explique Kevin Imbert, mais c’est tout. Cela remonte assez loin.  

Même sans connaître en profondeur la marque, le père et le fils semblent déjà rassurés par le premier coup d’œil : 

Le gabarit nous convient bien, confirme Jean-Marie Imbert. Les deux modèles ne sont pas impressionnants par leur puissance, mais le centre de gravité est relativement bas, ce qui sera rassurant dans les dévers et les pentes ! À première vue, ils paraissent simples d’utilisation, cela sera à confirmer après la prise en main par le constructeur. Je me suis juste fait une frayeur avec le Lintrac 115 LS. Le frein à main était correctement serré, et juste en appuyant sur un bouton qui n’avait pas d’indication, le tracteur s’est mis à avancer. J’ai été totalement surpris. Heureusement qu’il n’y avait ni obstacles ni spectateurs aux alentours, car cela était dangereux ! 

Quatre roues directrices pour le Lintrac 130

Une fois cette frayeur passée, l’heure est venue de réaliser une mise en route en présence du constructeur. L’occasion de passer en revue les deux tracteurs, qui sont les plus puissants de leurs gammes. En effet, le Lintrac 130 délivre 130 ch. Le Lintrac 115 LS, comme son nom l’indique, développe 115 ch. Les deux tracteurs s’appuient sur un moteur 4 cylindres conforme stage V, de 3,6 litres. Si, côté châssis et moteur, les deux modèles sont assez comparables, la différence majeure se situe au niveau de la transmission. Le Lintrac 130 reçoit une variation continue ZF, tandis que le Lintrac 115 LS possède une boîte semi-powershift. L’autre grande différence se trouve au niveau de l’essieu arrière. En effet, le Lintrac 130 est pourvu de l’option quatre roues directrices. 

"Les roues arrière vont pouvoir tourner avec un angle de 20°, détaille Ludovic Rué, responsable technique pour Lindner France. Cela permet de diminuer le rayon de braquage de 2 mètres, en le passant de 9 à 7 m. C’est une option que l’on facture environ 5 000 euros, mais qui est prise dans plus de la moitié des achats."

Différents modes de conduite

Pour piloter l’option quatre roues directrices, un boîtier est disposé dans le montant droit de la cabine. Le chauffeur a alors le choix entre quatre modes de conduite. Le premier est le mode fauchage. 

"Il s’agit d’un mode qui permet d’enclencher les quatre roues directrices au-delà de 15°, explique Ludovic Rué. Ainsi, en fauchant par exemple, l’utilisateur peut agir sur le volant et piloter le tracteur en deux roues directrices, afin de ne pas avoir d’incidences sur la coupe de l’herbe. En revanche, dès qu’il arrive en bout de champ et qu’il commence sa manœuvre, le tracteur se met automatiquement en quatre roues directrices pour gagner du temps de manœuvre. 

Les deuxièmes et troisièmes modes de conduite sont les modes crabe et quatre roues directrices continues, comme on les retrouve sur les télescopiques. Enfin, le dernier mode est manuel. Il permet de tourner les roues depuis le boîtier à droite, sans toucher le volant. À noter que dans tous les cas, les quatre roues directrices commencent à se bloquer progressivement à partir de 20  km/h, pour être totalement verrouillées dès 25  km/h pour des raisons évidentes de sécurité.

Pour tester cette option innovante sur un tracteur, les agriculteurs décident de décharger un plateau de foin. 

 "Je reste mitigé, s’étonne Jean-Marie Imbert. C’est vrai que le rayon de braquage est bien réduit, mais je trouve que le tracteur a tendance à gratter énormément dans la cour. C’est dommage, nous n’avons pas pu l’essayer dans les prés, car nous ne possédons pas les bras de relevage de la bonne catégorie pour atteler la faucheuse. Cela nous aurait permis de voir si cette option abîme le terrain. Mais, d’après ce que nous avons vu dans la cour, nous avons des doutes."

Si les quatre roues directrices n’ont pas fait l’unanimité, cette prise en main au chargeur a été l’occasion d’appréhender pour la première fois le tracteur en conditions réelles de travail. Et là, les essayeurs sont plutôt contents. 

La prise en main est vraiment simple, cela confirme notre première impression, se réjouit Jean-Marie Imbert. Au chargeur, nous avons pu constater que l’ergonomie a été bien réfléchie. Toutes les commandes tombent bien sous la main. Le débit d’huile est bon, ce qui permet de ne pas monter dans les tours lors des opérations de levage. Enfin, la visibilité sur le haut est bonne, grâce à la vitre panoramique. Mais je trouve que la visibilité sur les côtés reste moyenne. Si la cabine est relativement petite – c’est sans doute le plus grand défaut du tracteur – les montants sont larges, ce qui peut gêner la visibilité. 

Du transport pour le Lintrac 130

Une fois le plateau déchargé, les essayeurs ont voulu jauger les capacités de tractions du Lintrac 130. Pour cela, direction la remorque de 11 tonnes pour finir de curer le bâtiment. 

Le système d’attache au piton est original. Il se désolidarise complètement du tracteur, remarque Kevin Imbert. Il faut donc descendre avant la manœuvre pour l’enlever, mais c’est surtout au décrochage que cela est pénalisant. Une fois la benne dételée, il faut avancer un peu pour pouvoir revenir mettre le système en place. L’idéal est peut-être de laisser ce dernier en cabine finalement. 

Une fois la benne pleine de fumier attelée, les agri-essayeurs sont pleinement satisfaits du comportement du Lintrac 130.

 "Le tracteur a vraiment un bon comportement, constate Jean-Marie Imbert. Il mène la benne sans problème. Et la transmission est simple à prendre en main. La variation continue ne se pilote qu’avec la pédale, ce qui change de mon tracteur de tête sur la ferme, mais l’habitude viendrait assez vite, je pense. Les quatre modes de conduite (Drive, Eco, Power et Pro) sont facilement interchangeables directement depuis l’écran tactile sur le tableau de bord. La navigation dans celui-ci est relativement aisée, et les affichages sont clairs. C’est un point fort de ce tracteur." 

Une fois la stabulation vide, un créneau météo s’est ouvert pour retourner faucher quelques parcelles, afin de faire de l’enrubannage. L’occasion de tester le Lintrac LS, qui était resté de côté jusque-là. Et au moment de venir rejoindre Kevin Imbert en train de faner avec le Lintrac LS, c’est avec un grand sourire aux lèvres que nous le retrouvons : 

"Je comprends pourquoi mon père ne voulait pas descendre de ce tracteur hier après-midi, rigole l’essayeur ! Il est décidément conçu pour des éleveurs comme nous ! Avec sa boîte mécanique qui possède un doubleur, j’ai l’impression de revenir dans les tracteurs des années 1980-1990, mais avec un environnement neuf et bien réfléchi. Si pour certains, ce type de boîte peut évoquer un retour en arrière, je trouve au contraire qu’elle convient parfaitement à nos besoins. Elle est bien étagée, et avec le bouton situé sous le levier, qui commande l’embrayage, il n’y a pas besoin du pied gauche pour passer les vitesses. Autre bonne surprise, la prise de force arrière propose quatre régimes, plutôt originaux : 430, 540, 750 ou 1 000 tours/minute. D’après le constructeur, c'est plutôt réfléchi dans le cas d’utilisation du tracteur au déneigement. Mais à la faneuse, le régime 430 tours/minute convient parfaitement pour protéger le fourrage. 

Et Kevin Imbert est du même avis que son père concernant la cabine : 

"Elle est tout de même sacrément petite, surtout lorsqu’un passager vient prendre place sur le second siège. Il faut presque garder la porte ouverte pour que tout le monde soit installé correctement !" 

 Une bonne surprise l’attend pourtant. 

 "Comme ce tracteur n’est pas équipé de fourches, il est possible d’ouvrir le carreau avant. Moi qui supporte mal la climatisation, devenue obligatoire dans tous les tracteurs de nouvelle génération qui possèdent peu ou pas de fenêtre qui s’ouvre, c’est vraiment un point ultra-positif ! Quoi de mieux que de passer la journée à brasser du foin, fenêtre ouverte, à respirer !"

Véritablement conquis par le Lintrac LS

À l’heure du bilan, les deux essayeurs sont unanimes. S’ils n’ont pas été déçus par le Lintrac 130, "qui possède des atouts pour s’imposer dans des régions vallonnées comme la nôtre", ils ont eu un véritable coup de cœur pour le Lintrac LS.

Ce modèle pourrait tout à fait trouver sa place sur notre exploitation, pour seconder le tracteur de tête, confirme Kevin Imbert. Il est maniable, très simple et confortable. Avec son petit gabarit, il adhère parfaitement au terrain, ce qui est nécessaire pour les reliefs comme ici. De plus, il se faufile partout dans les bâtiments. En bref, c’est celui qui sort gagnant chez nous ! 

Commentaires

  •  Carlat Rémy  lun, 29/11/2021 - 21:16

    J'aimerais bien essayer le 115ch

  •  Jean Paul Estivie  lun, 29/11/2021 - 23:41

    D'après cet essai, le Lintrac 115 LS est le meilleur et pourtant, il n'a pas la meilleutre transmission, bien au contraire. Il doit être meilleur sur d'autres points. Quels sont ces points de supériorité?

    •  Simon Billaud  mar, 30/11/2021 - 11:05

      Bonjour,

      Les essayeurs ont aimé la simplicité du 115 LS, et la prise en main instantanné. Ce n'est pas une question de superiorité ou non. Sur l'exploitation, le 115 LS aurait tout de suite trouvé sa place en second tracteur. Les essayeurs possèdent un Renault d'une vingtaine d'année sur l'exploitation. Le 115 LS a souvent été comparé à ce tracteur pendant l'essai, car finalement la base est la même (boite méca avec doubleur), mais avec une cabine confortable, un inverseur hydraulique, etc..

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