Dans la catégorie des agriculteurs ingénieux, si l’on devait décerner un prix de l’innovation et de la créativité, Mel et Merf Aho le remporteraient haut la main. Mais ces agriculteurs méritent également un prix pour leur patience, car pour espérer récolter quelque chose sur une exploitation aussi pierreuse que la leur, il en faut du courage.

Eux et leurs voisins de la région de Sebeka dans le Minnesota en avaient raz le bol de cultiver des pierres, à tel point qu’ils en oublient parfois la nature de leurs cultures semées. « Des machines pour récolter des cailloux, j’en ai essayé autant que j’en ai trouvé », se lasse Merf, à bout de nerfs. « Leur capacité est souvent limitée et on n’avance pas assez vite. Ce n’est pas rentable et je n’ai pas que ça à faire ! ». Alors, ces adeptes du poste à souder se sont donnés pour objectif de développer leur propre machine. Et pour cela, rien de tel qu’une unité motrice Uni System de marque New Idea et datant de la fin des années 1980. « Nous sommes allés la chercher dans l’Iowa où elle était utilisée comme corn-picker, pour la récolte du maïs en épi ». Une fois les organes de récolte démontés, le châssis porteur est à nu. « Le concept Uni a beaucoup d’avantages. Pas besoin de dénaturer la machine puisqu’elle est prévue pour recevoir divers systèmes embarqués. Très accessible, le châssis laisse beaucoup d’espace pour l’installation d’un accessoire. » Le moteur et la cabine sont situés à gauche et la cage rotative réalisée par les Aho est située juste à coté. « En plus, on a une excellente visibilité, ce qui est primordial lorsque la machine avale d’énormes rochers ». Le fruit de leur travail est effectivement un tas de roches de 10 à 20 centimètres de diamètre en moyenne.

A raison d’une vitesse de 5 km/h au travail, la Rock Picker RP1000 remplit sa remorque de 10 mètres cubes en seulement 8 minutes. « Il y a tellement de roches qu’on ne peut en avaler qu’entre 60 et 70 %. Il faudrait réaliser plusieurs passages dans certaines parcelles », constate Merf Aho en contemplant les tonnes de pierres récoltées. « Notre machine dispose d’un râteau animé hydrauliquement de 6 mètres à l’avant, servant à ratisser sur quelques centimètres les pierres pouvant gêner une culture lors de son cycle de vie ». Ensuite, un convoyeur à barrettes entraine cette récolte dans un tambour rotatif, servant de tamis. Aussi simple qu’efficace, la RP1000 tracte une remorque basculante et autonome comme le font des corn-pickers américains.

Il reste pour ces ingénieux inventeurs à trouver un débouché pour leur récolte, et même pour leur création qui suscite beaucoup d’intérêt depuis le début de l’année 2010 auprès d’entrepreneurs et de constructeurs de machines agricoles. « Je n’ai aucun plan de défini pour l’avenir de cette machine, mais j’ai déposé des brevets pour protéger le concept » indique Mel. «Nous pourrions développer d’autres machines similaires sur une base connue ou artisanale, ce qui devrait couter au moins 100.000 dollars ». Les Aho ont de la suite dans les idées, puisqu’ils s’imaginent bien répondre à la demande des plagistes et pourquoi pas à la réalisation de routes et de terrains de golf. En attendant, ils ont développé leur activité et proposent leurs services aux agriculteurs de la région. L’avenir est tout tracé pour la RP1000 qui ne manque pas de travail. Dans cette région aux terres humifères et riches en sable, les pierres ne cessent de remonter à la surface malgré l’adoption de techniques de travail simplifiées et sans labour.

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