En 2017, au moment de renouveler l’ensileuse traînée, la Cuma de St-Mathurin-Leobazel en Corrèze a décidé de partir sur une autochargeuse pour assurer l’ensilage des cinq adhérents à cette activité. À l’heure d’aborder la cinquième campagne, le groupe ne reviendrait pas en arrière, tellement les gains sont nombreux selon eux.

Fin avril, comme partout en France, l’herbe tarde à pousser en Corrèze. Mais la pluie des derniers jours permet de redonner le moral aux cinq adhérents de la Cuma de St-Mathurin-Leobazel, qui utilise l’autochargeuse depuis 2017. Même si les ensilages ne doivent plus tarder à démarrer, le groupe est serein. En effet, ce sera la cinquième campagne pour laquelle le groupe pourra s’appuyer sur une autochargeuse pour réaliser l’ensilage. 

Niveau organisation, cela n’a plus rien à voir avec avant, explique Nicolas Jammet, exploitant à Goulles. Les chantiers d’ensilage étaient toujours stressants. La moindre absence d’un adhérent entraînait un déséquilibre dans toute l’organisation. Il fallait trouver un chauffeur pour la faucheuse, un sur le tracteur qui traînait l’ensileuse, trois ou quatre chauffeurs pour les remorques, et un dernier pour le tas. En dernier, cela devenait vraiment compliqué à organiser. Avec l’autochargeuse, nous avons gagné en souplesse ! Du moment que le chauffeur de la faucheuse et celui qui andaine ont un peu d’avance, c’est bon. Même s’il y a des absents sur la période, à cause d’un vêlage compliqué par exemple, ce n’est plus problématique, c’est assez simple de se remplacer régulièrement. À quatre personnes, nous pouvons mener à bien la campagne, en une dizaine de jours si le temps est de la partie ! 

Des ensileuses traînées pendant près de cinquante ans

Depuis 1968, la Cuma de St-Mathurin-Leobazel avait toujours utilisé des ensileuses traînées pour réaliser son ensilage d’herbe, que ce soit en coupe directe ou en pré-fanée. C’est en 2017 que le groupe commence à réfléchir à une alternative. 

L’ensileuse arrivait en fin de carrière, se souvient Patrice Moulène. De plus, il devenait de plus en plus compliqué de trouver suffisamment de chauffeurs pour l’ensemble des véhicules. Il nous fallait donc trouver une alternative. Cette année-là, nous avons eu l’opportunité, grâce à un concessionnaire, de tester une autochargeuse Strautmann. C’est de là qu’est né le projet ! Nous n’étions plus que quatre adhérents à ensiler chacun une vingtaine d’hectares. Donc nous avons profité de la tenue du Salon de l’herbe dans l’Allier en juin 2016 pour tous y aller, et essayer de trouver l’autochargeuse qui nous convenait le mieux. Après avoir demandé plusieurs devis, nous avons décidé de partir sur une machine Pöttinger de 50 m3, l’EuroProfi 5010. Ce n’était pourtant pas la moins chère ! 

La machine arrivera en mai 2017, juste à temps pour la saison. Entre-temps, un cinquième adhérent s’était greffé au projet. 

« Il s’agit d’un voisin qui utilisait déjà une autochargeuse en commun avec un autre éleveur. Mais, suite au départ en retraite de ce dernier, il se retrouvait tout seul, il est donc venu s’intégrer dans notre groupe, se souvient Nicolas Jammet. Finalement, nous avions donc 72 ha d’engagements au début du projet. La machine coûtait 56 000 euros, et nous avons eu 30 % de subvention dessus. Cela nous permet de facturer 100 €/h à chaque adhérent, pour un débit de chantier qui tourne autour de 2 ha/h en moyenne, mais qui dépend énormément de la distance entre la parcelle et le tas. Cela nous fait donc un prix moyen de 50 €/ha, ce qui correspond à ce que l’on facturait avant avec notre ensileuse traînée, qui était emmenée par un tracteur de Cuma venant alourdir la facture. Au final, nous réalisons donc des économies avec l’autochargeuse, en sachant que nous économisons au minimum trois ensembles tracteurs-bennes-chauffeurs !  Chaque année, ce sont entre 50 et 60 heures qui sont ainsi facturées aux différents adhérents.

De la puissance nécessaire

Depuis le début de cette nouvelle activité, le groupe a décidé d’utiliser les tracteurs des adhérents qui ont la puissance nécessaire. 

Au départ, nous utilisions le plus gros de nos tracteurs, à savoir un 130 chevaux, détaille Nicolas Jammet. Sur le papier, cette puissance suffit pour mener l’autochargeuse. Mais dans nos champs, avec du relief, nous étions vraiment limite. En plus, le tracteur était équipé d’une boîte powershift, et cela nous arrivait de caler dans certaines montées, même en utilisant la plus petite vitesse. Entre-temps, j’ai acheté un Case CVX de 145 chevaux, et le gain de puissance est perceptible. Mais c’est surtout la boîte à variation continue qui est appréciable. J’adapte réellement la vitesse comme je le souhaite, sans faire varier le régime de rotation de la prise de force, c’est un vrai plus. Cependant, dans certains travers, je constate encore quelques limites en matière de puissance. Je désactive donc le mode automatique du remplissage, qui est gourmand en puissance puisqu’il demande d’activer en continu le circuit hydraulique. Pour gagner quelques chevaux, je passe donc en mode manuel, et n’active l’hydraulique que lorsque c’est nécessaire pour repousser un peu le fond mouvant de la remorque. 

Niveau facturation, les adhérents ont décidé de ne pas répercuter le coût du tracteur devant l’autochargeuse.

 Cela nous semble logique de fonctionner en entraide, explique Nicolas Jammet. C’est vrai que l’an dernier, j’ai réalisé l’ensemble des ensilages avec mon tracteur. Mais je ne suis pas perdant, car les collègues sont venus faucher, andainer, et faire le tas chez moi, avec leurs propres tracteurs. Donc au final, tout le monde est gagnant. 

Une organisation rodée

Pour le groupe, le principal est de gérer les chantiers dans leur ensemble, peu importe qui passe le premier et le dernier. 

« Nous avons toujours fonctionné comme cela, et la bonne entente est toujours là, confirme Patrice Moulène. L’objectif est d’être le mieux organisé possible. Les adhérents qui sont sur l’autochargeuse sont également adhérents sur une faucheuse conditionneuse dans la Cuma, et ils sont prioritaires dessus. Il y a donc un membre de l’équipe qui sera chargé de faucher, puis un deuxième qui rassemblera deux andains quelques heures avant le passage de l’autochargeuse. Enfin, un quatrième membre de l’équipe s’occupe du tas. » 

Au niveau de l’ordre de passage, cela se fait naturellement, en fonction des années. Nous commençons par celui qui est prêt le plus tôt. Puis nous prenons ensuite dans l’ordre, explique Nicolas Jammet. L’idée est de passer deux jours maximum chez un adhérent, puis de passer au suivant. Mais nous constatons de plus en plus qu’en démarrant à 10 h, nous sommes capables avec cette organisation de passer la majorité des adhérents dans une bonne journée. Donc au final, la saison d’ensilage se réduit d’année en année ! »

Une petite différence au tas

Ce qui peut freiner certains éleveurs au moment de passer d’une ensileuse à une autochargeuse, c’est bien souvent la qualité de coupe. Mais ici, les éleveurs se veulent rassurants :

 C’est vrai que visuellement, il y a une différence au moment de l’arrivée de la marchandise au silo, confirme Nicole Jammet. La coupe n’est pas aussi fine qu’avec une ensileuse, c’est sûr. Mais s’il peut rester des brins longs avec une autochargeuse, nous constatons que plus de 80 % de l’herbe est bien hâchée, avec une longueur de coupe comprise entre 4 et 5 cm. Personnellement, cela ne me change pas grand-chose, puisque j’utilise une mélangeuse ensuite pour faire ma ration, mais même chez mes collègues qui ouvrent le silo en libre accès, il n’y a pas de perte d’appétence. Et même au niveau de la conservation, je n’ai pas vu de perte de qualité depuis que nous utilisons l’autochargeuse. La seule grosse différence se situe au moment de confectionner le tas. L’herbe est plus difficile à tasser, c’est une certitude. C’est pour cela que nous déchargeons en continu sur la longueur du tas, pour faciliter le travail du tasseur. Mais, même en mettant une couche de 20 à 25 cm sur 25 mètres de long, le travail de tassage nécessite de l’attention et de la concentration ! Surtout avec 50 m3 d’herbe qui arrivent toutes les 10 à 15 minutes lorsque nous travaillons dans des parcelles situées à côté du tas ! 

 

30 minutes d’affûtage chaque matin

S’il y a bien un point sur lequel l’équipe d’ensilage ne rigole pas, c’est l’entretien. « Chaque matin, nous nous retrouvons pour entretenir la machine, détaille Nicolas Jammet. Il est nécessaire de graisser quotidiennement le tapis, le rotor de 800 mm ainsi que le pick-up. Mais le plus contraignant reste l’affûtage des 35 couteaux. Pour cette opération, le pick-up se décale pour laisser un accès facile aux couteaux. Ils se démontent facilement, sans outils. À l’aide d’une meuleuse, nous les affûtons un par un, puis les remontons, toujours sans outils. Si cette opération n’est pas compliquée, il faut quand même y passer une grosse demi-heure tous les jours pendant la campagne. Cette opération n’est pas à négliger, car c’est ce qui conditionne la qualité de l’ensilage ensuite. Mais les couteaux ne s’usent pas vite, puisqu’en quatre campagnes, nous n’avons pas encore tourné les couteaux, qui possèdent deux faces coupantes. »

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